Si l’Islam au sud du Sahara est entré par le commerce, son arrivée au Nord de l’Afrique (Égypte et Maghreb) s’est faite par l’expansion militaire du Califat. Cependant, il est crucial de ne pas projeter sur cette époque l’image moderne d’une « guerre de religion » visant l’extermination de l’autre. La rapidité de cette expansion s’explique par un cadre juridique inédit : la Djizya et la Dhimma.
Fin du mythe de la conversion forcée.
L’idée que les armées arabes avançaient pour forcer chaque individu à abjurer sa foi est une erreur historique majeure. L’objectif était l’établissement d’un ordre politique, et non la fin de la diversité religieuse. L’Histoire Générale de l’Afrique (Tome 3, UNESCO) est catégorique sur ce point :
« Les guerres d’expansion de l’État islamique après la mort du Prophète ne furent pas axées sur la conversion religieuse des peuples conquis car la majorité d’entre eux adhéraient à des religions révélées : chrétiens, juifs et zoroastriens. Ces peuples étaient assujettis à la capitation (djizya) et dès lors qu’ils s’en étaient acquittés, ils étaient protégés (dhimmī), sans pour autant être forcés de renoncer à leurs religion. » (p. 70/597).
l’Islam a instauré, dès le VIIe siècle, un statut de citoyenneté protégée. La djizya n’était pas un prix pour « sauver sa vie », mais une contribution financière garantissant la sécurité et l’exemption de service militaire pour les non-musulmans.
Une libération fiscale et sociale
Pourquoi des populations entières, comme les Coptes en Égypte ou les Berbères au Maghreb, ont-elles parfois accueilli ces conquérants ou s’y sont-elles ralliées si vite ? La réponse réside dans la douceur du traitement et la légèreté de l’impôt comparé à la tyrannie byzantine ou romaine précédente.
Gustave Le Bon, dans son ouvrage de référence La Civilisation des Arabes, souligne ce paradoxe que beaucoup d’historiens modernes omettent :
« Partout où les arabes pénétrèrent : en Syrie, en Égypte, en Espagne, ils traitèrent les populations avec la plus grande douceur, leurs laissant leurs lois, leurs institutions, leurs croyances, et ne leurs imposant en échange de la paix qu’ils leurs assuraient qu’un modeste tribut, inférieur le plus souvent aux impôts qu’elles payaient auparavant. Jamais les peuples n’avaient connu de conquérant si tolérant, réussi à renverser l’antique civilisation pharaonique et à y substituer la leur. Cette tolérance et cette douceur si méconnue des historiens, furent une des causes de la rapidité avec laquelle s’étendirent les conquêtes arabes et la raison principale de la facilité avec laquelle fut acceptée leur religion. » (p. 360)
Il est courant d’entendre que les populations se seraient converties en masse uniquement pour échapper à la pression financière de la djizya. Cette vision simpliste ignore deux réalités majeures : la nature sélective de cet impôt et le transfert de charge vers la Zakat.
Un impôt limité aux hommes valides
Contrairement à une taxe universelle qui aurait broyé les familles, la djizya était une « capitation » extrêmement ciblée. Elle ne concernait que les hommes adultes, en bonne santé et disposant de moyens financiers. Étaient systématiquement exemptés :
*Les femmes et les enfants.
*Les vieillards et les infirmes.
*Les moines et les pauvres sans ressources.
Si le but était de forcer la conversion par la pauvreté, pourquoi exempter les franges les plus fragiles de la société ? La djizya n’était pas un outil de punition, mais la contrepartie d’un service dont les bénéficiaires étaient dispensés : la guerre.
Le « poids » réel de l’impôt : La perspective de Sir Thomas Arnold
Pour répondre à l’idée que la djizya était un fardeau insupportable, il faut citer des historiens orientalistes reconnus pour leur rigueur. Sir Thomas Arnold, dans son ouvrage de référence La Prédication de l’Islam, apporte un éclairage crucial sur la modération de ce système :
« À l’origine le tribut, sous différentes formes, payé par les Sujets non-musulmans de l’empire arabe, mais qui fut ensuite utilisé pour désigner l’impôt de capitation lorsque le système fiscal des nouveaux souverains fut bien établi — mais cette jizya était bien trop modérée pour constituer un fardeau, puisqu’elle libérait parallèlement ceux qui la versaient du service militaire obligatoire qui incombait à leurs concitoyens musulmans. La conversion à l’islam était donc accompagnée d’un avantage financier, certes, mais il faut ici dire qu’un converti qui abandonnait son ancienne religion dans le seul but d’être exempté de la jizya n’avait certainement que très peu de considération pour cette dernière ; et désormais, au lieu de la jizya, le converti devrait payer l’aumône légale, ou zakât annuelle prélevée sur la plupart des types de biens meubles et immeubles. » (p. 88)
L’analyse d’Arnold permet de briser le mythe de l’avantage financier pour Passer du statut de Dhimmi (protégé) à celui de Musulman n’était pas un « cadeau » fiscal :
Ces témoignages et faits historiques brisent deux arguments majeurs des courants afrocentrés :
L’Islam n’est pas une « religion de contrainte » : Si elle l’avait été, les communautés chrétiennes d’Orient et d’Afrique du Nord auraient disparu en un siècle. Or, elles ont perduré et prospéré sous domination musulmane.
La conversion fut un processus lent, étalé sur des siècles, motivé par la qualité du modèle social et la justice fiscale apportée par les nouveaux arrivants.
En somme, confondre la conquête arabe (acte politique) avec une islamisation forcée (acte religieux inexistant dans les textes et les faits de l’époque) est une malhonnêteté intellectuelle qui occulte la tolérance réelle dont ont bénéficié nos ancêtres…
Auteur : Reine soninké