Origines africaines de l'excision

Analyse historique, cosmologique et jurisprudentielle à la lumière des travaux de Cheikh Anta Diop et des autorités religieuses.

Introduction : L’ancrage historique et l’antériorité négro-africaine
L’étude de l’excision et de la circoncision à travers l’histoire révèle des racines profondes ancrées dans l’Afrique ancienne et pharaonique. Loin d’être une prescription abrahamique originelle, ces pratiques trouvent des résonances directes dans les civilisations négro-africaines et égyptiennes, ainsi que le démontre Cheikh Anta Diop
dans son ouvrage fondamental Nations nègres et culture.

1. Le témoignage de l’Égypte antique et des sources classiques.
L’iconographie égyptienne ancienne fournit des illustrations éloquentes des pratiques rituelles corporelles,
comparables aux traditions du continent [1] :
« Scène de circoncision. Comparer avec l’Afrique Noire. L’adolescent s’intègre dans la « cité » après cette opération,
suivie d’une initiation. La jeune fille pubère était excisée dans les mêmes conditions, comme souvent, en Afrique
Noire d’aujourd’hui. »
Pour confirmer l’universalité de cette pratique et établir le pont avec les traditions africaines, Cheikh Anta Diop
s’appuie sur le témoignage formel du géographe grec Strabon [2] :
« Les Égyptiens observent surtout, avec le plus grand soin, d’élever tous les enfants qui leur naissent et de circoncire
les garçons et même les filles, usage commun aux Juifs, peuple originaire de l’Égypte, ainsi que nous l’avons dit à
l’endroit où il a été question de lui. »

2. La cosmogonie Dogon et le concept de l’androgynie primordiale.
La signification profonde de ces rites s’inscrit dans les structures de pensée traditionnelles. Cheikh Anta Diop convoque la cosmogonie des Dogons rapportée par Marcel Griaule [3] :
« La circoncision ne trouve une intégration dans une explication générale de l’Univers, c’est-à-dire une cosmogonie,
que chez les Nègres. En particulier la cosmogonie Dogon que rapporte Marcel Griaule dans Dieu d’eau, nous apprend que la circoncision, pour avoir tout son sens, doit être accompagnée de l’excision : ces deux opérations
ayant pour but de retirer à l’homme ce qu’il a de femelle et à la femme ce qu’elle a de mâle. Une telle opération, dans la mentalité archaïque, vise à faire triompher les caractères d’un des sexes chez un être donné. »
Le mythe fonde cette nécessité sur l’état originel de l’androgyne divin [3] :
« Selon la cosmogonie Dogon, l’être qui vient au monde est, dans une certaine mesure, androgyne comme le
premier dieu. « Tant qu’il conserve son prépuce ou son clitoris, supports du principe de sexe contraire au sexe apparent, masculinité et féminité sont de même force. Il n’est donc pas juste de combler l’incirconcis à une femme ; il est, comme la fille non excisée, à la fois mâle et femelle… »

Sources et Références
Légende iconographique de référence (bas-relief égyptien comparé à l’Afrique Noire).
Strabon, Géographie, Livre 17, chap. I, par. 29 (cité dans Cheikh Anta Diop, Nations nègres et culture, p. 209).
Cheikh Anta Diop, Nations nègres et culture, p. 208 (reprenant la cosmogonie Dogon rapportée par Marcel Griaule dans Dieu
d’eau, p. 187 et 189).