Esclavage : le prophète a t’il eu des esclaves sexuelles ?

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Le Prophète Muhammad avait-il des « esclaves sexuelles » ? Ce que disent réellement les sources musulmane

Entre accusations, récits historiques et interprétations coraniques

L’une des accusations régulièrement adressées au prophète Muhammad ﷺ consiste à affirmer qu’il aurait possédé des « esclaves sexuelles ». Cette expression, souvent employée dans les débats contemporains, mérite pourtant un examen historique et juridique sérieux.

Car une question aussi importante ne peut être résolue par une simple formule polémique. Il faut examiner les textes, comprendre le vocabulaire utilisé à l’époque et distinguer les faits historiques des interprétations qui en ont été faites.

Deux commentaires coraniques permettent d’éclairer cette discussion : celui de Mohamed Benchili, Le Laurier de l’exégèse coranique, et celui d’As’ad Mahmoud Hammad, Aysar At-Tafâsîr.

Ces ouvrages présentent notamment des récits concernant Maria la Copte, Safiyya bint Huyayy et Juwayriya bint al-Harith.

1. Le Coran distingue les épouses et les captives

Dans la sourate Al-Ahzâb, au verset 50, Allah évoque plusieurs catégories de femmes dont les unions ou les relations étaient permises au Prophète dans le cadre juridique de son époque.

Le texte mentionne notamment ses épouses auxquelles il avait donné une dot, ainsi que les captives relevant de ce que le droit musulman classique appelait milk al-yamîn.

Cette distinction est fondamentale.

Elle montre que les catégories juridiques de l’époque n’étaient pas identiques. Une épouse liée par un contrat de mariage n’avait pas exactement le même statut qu’une femme relevant de la possession légale dans le système esclavagiste ancien.

Il serait donc historiquement incorrect de prétendre que toutes les captives étaient automatiquement des épouses.

Mais il serait tout aussi incorrect d’affirmer que toute femme ayant été captive était nécessairement restée dans cette condition.

Certaines ont été affranchies, puis épousées.

 

Safiyya et Juwayriya : des exemples d’affranchissement et de mariage

 

Dans Aysar At-Tafâsîr, volume 3, page 89, As’ad Mahmoud Hammad commente le verset 50 de la sourate Al-Ahzâb.

 

Il explique que le Prophète avait notamment possédé Safiyya bint Huyayy et Juwayriya, puis les avait affranchies avant de les épouser.

 

Dans ce passage il est établit une distinction entre deux situations successives : la captivité et le mariage.

Safiyya bint Huyayy fut capturée à l’occasion de la bataille de Khaybar. Les récits authentiques rapportent qu’elle fut ensuite affranchie et épousée par le Prophète.

Dans Sahih al-Bukhari, il est rapporté que son affranchissement constitua sa dot.

 

Ceci  montre qu’une femme captive pouvait changer de statut et devenir une épouse reconnue.

 

Juwayriya bint al-Harith, quant à elle, avait été captive après l’expédition contre les Banû al-Mustaliq. Les récits biographiques rapportent son affranchissement et son mariage avec le Prophète.

 

3. Maria la Copte : concubine ou épouse ?

Le cas de Maria la Copte est particulièrement discuté.

Maria était une femme d’origine copte, venue d’Égypte, qui donna naissance à Ibrahim, fils du Prophète Muhammad ﷺ.

Dans le troisième tome de son Tafsîr, au commentaire de la sourate At-Tahrîm, on nous  rapporte que le Prophète possédait une captive prénommée Maria, qu’il a affranchie avant de l’épouser.

Cette affirmation est importante, car elle présente Maria comme une femme dont le statut aurait évolué vers celui d’épouse.

 

Il est important de mentionner que toutes  les sources classiques ne sont pas unanimes sur cette question.

Plusieurs historiens et exégètes musulmans, notamment Ibn Kathîr et Al-Qurtubî, présentent Maria comme une concubine du Prophète plutôt que comme une épouse liée par un contrat matrimonial.

D’autres présentations, comme celle rapportée par Benchili, évoquent un affranchissement suivi d’un mariage.

Il convient donc de distinguer la présence de ces récits dans les ouvrages de leur degré d’authenticité.

 

Le fait qu’une version soit rapportée ne suffit pas à établir qu’elle repose sur une chaîne de transmission historiquement fiable.

Inversement, la prédominance d’une version dans la littérature classique ne dispense pas d’examiner les preuves sur lesquelles elle repose.

Ainsi, la formulation la plus prudente consiste à reconnaître que la tradition majoritaire présente Maria comme une concubine, tandis que l’affirmation de son mariage apparaît dans certaines présentations exégétiques et demande une justification documentaire supplémentaire.

4. Que signifie réellement l’expression « esclave sexuelle » ?

 

L’expression « esclave sexuelle » est une désignation moderne. Elle n’est pas une catégorie technique employée dans les textes coraniques.

Le droit musulman classique utilisait notamment les termes ama pour désigner une femme esclave, surriyya pour une concubine et milk al-yamîn pour un statut de possession légale.

Dans le droit classique, la concubine était une femme non libre avec laquelle son propriétaire pouvait avoir des relations sexuelles dans certaines de manière légale .

5. L’affranchissement faisait également partie de l’enseignement islamique

 

Le Coran ne se limite pas à mentionner l’existence de l’esclavage dans les sociétés anciennes.

Il encourage aussi l’affranchissement.

Dans la sourate Al-Balad (90:13), la libération d’une personne asservie est présentée parmi les actes de vertu.

 

Dans la sourate An-Nur (24:33), le Coran prévoit également la possibilité pour les personnes asservies de conclure un contrat d’affranchissement.

 

Enfin, la sourate Muhammad (47:4) mentionne, à propos des prisonniers de guerre, la libération gracieuse ou contre rançon après la cessation des combats.

 

Ces dispositions témoignent de la place accordée à la libération des personnes asservies dans les textes religieux.

 

Il faut néanmoins reconnaître que le droit musulman classique a longtemps maintenu l’institution de l’esclavage. L’encouragement à l’affranchissement ne signifiait donc pas, à cette époque, une abolition générale et immédiate.

 

Aujourd’hui, l’esclavage est interdit par les législations contemporaines, et de nombreuses autorités musulmanes reconnaissent cette interdiction.

 

Peut-on juger les récits historiques sans examiner leur authenticité ?

Une difficulté supplémentaire concerne la fiabilité des récits transmis.

 

Tous les textes présents dans les ouvrages de tafsîr ou de biographie prophétique ne possèdent pas nécessairement le même degré d’authenticité.

 

Certains récits concernant Maria la Copte ont fait l’objet de critiques de transmission.

Par exemple, la tradition selon laquelle la naissance de son fils Ibrahim aurait entraîné son affranchissement a reçu des appréciations divergentes de la part des spécialistes du hadith.

Il faut examiner les chaînes de transmission, comparer les différentes versions et distinguer ce qui est historiquement attesté de ce qui demeure discuté.

La simple répétition d’un récit ne transforme pas automatiquement celui-ci en certitude.

Les sources attestent notamment que certaines femmes, comme Safiyya, ont été affranchies puis épousées. Elles présentent également Maria la Copte sous un statut complexe qui varie selon 

Répondre à l’accusation d’« esclaves sexuelles » ne consiste pas à nier l’existence du concubinage dans l’histoire musulmane, mais à expliquer précisément cette institution, son contexte juridique, les parcours individuels des femmes concernées et les limites des témoignages conservés.

La défense d’une conviction religieuse ne gagne rien à remplacer une exagération par une autre.

Elle gagne, au contraire, à s’appuyer sur les textes, les sources et une analyse historique honnête.

 

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Références bibliographiques

 

1. Le Coran, sourate Al-Ahzâb (33:50) ; sourate At-Tahrîm (66:1-5) ; sourate Al-Balad (90:13) ; sourate An-Nur (24:33) ; sourate Muhammad (47:4).

2. Benchili, Mohamed, Tafsîr – Commentaire du Coran : Le Laurier de l’exégèse coranique, tome 3, éditions Tawhid, commentaire de la sourate At-Tahrîm.

3. Hammad, As’ad Mahmoud, Aysar At-Tafâsîr, volume 3, Maison d’Ennour, p. 89, commentaire de la sourate Al-Ahzâb, verset 50.

4. Al-Bukhârî, Sahîh, hadith 5086, concernant l’affranchissement et le mariage de Safiyya.

5. Ibn Kathîr, Tafsîr al-Qur’ân al-‘Azîm, commentaire de la sourate At-Tahrîm.

6. Al-Qurtubî, Al-Jâmi’ li-Ahkâm al-Qur’ân, commentaire de la sourate At-Tahrîm.

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